Double trouble — Art Émergence 2025
Exposition collective, FRAC Île-de-France les Réserves, Chaufferie de la Fondation Fiminco (Romainville). Du 18 septembre au 2 novembre 2025
Avec Emeline Amétis, David Aubriat, Hwayoung Bae, Jérémy Breton, Albanne Cannet Del Litto, Kelly Chery, Lila Crnogorac, Sabrina Da Silva Medeiros, Valentin Degnieau, Cassandra Delpy, Kunga Dempa Tsang, Josselin Desbois, Julie Doriath, Lucie Drazek, Juliette Fanget, Alexandre Ferrani, Thomas Ferreira, Nicolas Foix, Margot Garlenc, Anne Guérain, Maëlle Guillemet d’Orléans, Xianne Han, Guillaume Haurice, Shuyin Hou, Meher Kafalian, Hervé Lechar, Jiwon Lee, Titouan Makeeff, Alix Nguyen, Phuong Thao Nguyen, Billy Roch, Morgane Rousseau, Nassimo Rousseau, Margaux Sahut, Mathieu Sauvat, Ziyin Tan, Mallaury Thenier, Baptiste Thiebaut Jacquel, Maeva Totolehibe, Elisa Verdier et Ziyu Zhou. Commissariat : Salomé Fau, Temitayo Olalekan et Alexis Hardy. Comité artistique : Dimitri Chamblas, Elizabeth Jaeger, Tarek Lakhrissi, Myriam Mihindou et Josèfa Ntjam.

C’est une traversée.
Comme celle d’un miroir, celui qu’Alice franchit pour passer de l’autre côté. Un lieu incertain, inversé, où l’espace se trouble, où le temps se déplie, et où tout devient mouvant. Rien n’est stable, et c’est précisément cette instabilité qui ouvre la voie vers de nouveaux récits, d’autres formes de perceptions, d’autres manières d’habiter le monde.
L’exposition propose une plongée dans un presque-lieu, un espace transitoire à arpenter. Elle est un entre-deux vibrant où les opposés se rencontrent – soi et autre, réel et fiction, dedans et dehors. C’est un lieu d’écart et de passage, où l’on se découvre différent·e, déplacé·e, regardé·e depuis ailleurs. Ici, les corps et les pensées circulent, s’ouvrent, résistent. Nos contours se déplacent, nos certitudes vacillent.
Les œuvres, choisies en concertation avec un comité artistique, sont issues des projets présentés par les artistes lors de leurs diplômes. Sans en rejouer les conditions, cette exposition en prolonge l’élan, offrant un aperçu de la jeune création française. À travers leurs pratiques, chacun·e semble interroger une forme de mouvement, porté·e par un ailleurs aussi flou qu’accueillant. S’est alors imposée la figure du miroir – à la fois surface réfléchissante et lieu d’ouverture. Il devient ici une métaphore centrale : il nous montre là où nous ne sommes pas, et nous oblige à passer par un autre lieu pour nous reconnaître. Il est un espace double, à la fois ancré dans le réel mais tendu vers la fiction, situé mais traversé d’imaginaires. Il agit comme un seuil critique, une interface entre ce qui existe déjà et ce qui reste à inventer. L’exposition s’organise dans cette tension : un lieu concret, mais qui rend visible d’autres mondes possibles.
Dans ce pays des merveilles réinterprété, les marges sont prédominantes. L’étrangeté, la multiplicité, l’hybridation, les passages, sont ici des principes d’organisation du monde. L’imaginaire y est politique, le politique devient poétique, et les formes populaires structurent de nouvelles narrations. Les œuvres réunies convoquent le corps comme mémoire, la transmission comme trame vivante, la fiction comme outil d’émancipation. Elles donnent forme à une écriture collective de l’entre-deux, une manière de faire récit à plusieurs voix, depuis un espace partagé.
Elles font de chaque « Je » un « Nous » en devenir, et permettent ce point de bascule : là où regarder devient aussi être regardé·e, depuis un autre lieu, dans un autre langage. (Salomé Fau, Temitayo Olalekan et Alexis Hardy)

Le travail d'Eva Chanoir, en dialogue constant avec l'architecture et l'environnement immédiat, s'inscrit dans une réflexion sur les seuils et les éléments qui structurent nos expériences spatiales. Ses productions naissent d'une observation minutieuse du lieu, de ses matériaux, de ses flux pour en révéler des dimensions subtiles ou évidentes, des zones ambiguës qui transforment la perception de ceux qui s'y trouvent. Chaque œuvre est pensée in situ. Dans le cadre de son diplôme, ses œuvres explorent les notions de cadre, de transparence et de liminalité, et s'inscrivent aussi dans la continuité de la fascination qu'elle éprouve pour le ciel. Celui-ci traverse ses recherches et sa pratique sous différentes formes, comme un espace échappant à toute limite, une forme de concrétisation de l'intangible. Les œuvres produites se situent dans un équilibre entre ancrage et fugacité : tulle, plâtre, colle ou mousse expansive deviennent des vecteurs d'interprétation du lieu, capables d'en souligner les présences fragiles mais ténues.
Crédit : David Aubriat et vues de Double trouble, exposition de la 1re édition d’Art Emergence, Chaufferie de la Fondation Fiminco, Frac Île-de-France, les Réserves, Romainville, 17 septembre - 2 novembre 2025 © Artagon - Photo © Manuel Abella
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